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William San

Kintsugi : ce que signifie l’art de réparer à l’or, et pourquoi je dessine les fissures

Par William San, le

La Grande Vague de Kanagawa sur un carreau de céramique blanc, parcourue de fissures dorées, dans un cadre noir et doré.

Le kintsugi est une technique japonaise qui répare une céramique cassée en soulignant ses fissures d’or, au lieu de les cacher. Le mot le dit : kin, l’or, et tsugi, la jointure. C’est aussi le nom de la série que je présente sous la signature Popsan. Sa pièce la plus connue est une vague de Kanagawa, que j’avais présentée au salon art3f de Monaco, en septembre, comme ma plus belle œuvre du stand.

Il y a une différence entre le kintsugi des ateliers japonais et le mien, et je préfère la dire tout de suite. Mes carreaux n’ont jamais été cassés. Les fissures sont dessinées.

D’où vient le kintsugi

On raconte qu’à la fin du XVe siècle, le shogun Ashikaga Yoshimasa renvoya en Chine un bol à thé fêlé pour le faire réparer. Il revint tenu par de grosses agrafes de métal, et les artisans japonais auraient alors cherché une réparation plus belle. C’est une légende, personne ne peut la prouver, mais elle donne bien l’esprit de la technique.

La méthode traditionnelle est lente. Les morceaux sont recollés à l’urushi, une laque tirée de la sève d’un arbre, posée en plusieurs couches qu’on laisse durcir l’une après l’autre ; la dernière reçoit une poudre d’or. L’urushi ne sèche pas à l’air libre : il durcit dans une atmosphère humide, et une seule réparation peut demander plusieurs semaines. Le kintsugi s’est développé autour des bols de la cérémonie du thé, et on le rattache au wabi-sabi, l’idée qu’un objet imparfait ou usé garde sa propre valeur.

Les restaurateurs distinguent plusieurs façons de faire. La plus simple suit une fêlure d’un trait d’or. Quand un éclat manque, on le reconstitue dans la laque, puis on le dore en entier. La plus étonnante, le yobitsugi, comble le vide avec un fragment venu d’un autre bol, d’une autre couleur, si bien que l’objet réparé mêle deux histoires.

Ce que signifie le kintsugi

Tout le sens tient dans un refus : celui de cacher l’accident. Une réparation ordinaire cherche à faire oublier la cassure. Celle-ci la couvre d’or et en fait le dessin principal de l’objet, si bien que la ligne de rupture devient la première chose qu’on regarde.

C’est pour cela que le mot a quitté les ateliers de céramique. On l’emploie aujourd’hui pour parler de quelqu’un qui se relève d’une épreuve sans effacer ce qu’il a traversé.

Une vague qui n’a jamais été cassée

Pour cette pièce, je suis parti d’une image que tout le monde reconnaît : La Grande Vague de Kanagawa, gravée par Hokusai au début des années 1830. J’ai décidé de la détourner à ma manière, avec la technique du kintsugi. L’image est tirée sur un vrai carreau de céramique de 30 × 30 cm, d’où son brillant.

William San tient à deux mains la vague de Kanagawa en kintsugi, dans son cadre noir et doré, sur le stand de l’Atelier Joconde.
Au salon art3f de Monaco, en septembre 2026, avec la vague de Kanagawa en kintsugi.

Viennent ensuite trois gestes. Je dessine d’abord les fissures à la résine époxy, qui laisse un léger relief sur le carreau. Je pose la feuille d’or sur ces lignes. Puis je la brosse, et seul le tracé reste doré. L’époxy n’a rien d’une trahison : beaucoup de kintsugi d’aujourd’hui remplacent l’urushi par cette résine, plus rapide, et qui épargne aux restaurateurs les allergies que provoque la laque fraîche.

Les fissures ne suivent pas le hasard d’un choc. C’est moi qui décide de leur chemin : sur la vague, elles traversent l’écume et le creux du rouleau, et l’une d’elles passe tout près du mont Fuji, minuscule à l’horizon.

Détail des fissures dorées sur la vague : l’or en relief sur l’écume et le creux du rouleau, le mont Fuji en bas à droite.
Le relief de l’époxy sous la feuille d’or, une fois brossée.

Sur le stand, je la présentais donc pour ce qu’elle est : une représentation du kintsugi, pas une réparation.

Chaque carreau mesure 30 × 30 cm et arrive encadré ; la vague de Monaco était dans un cadre noir et doré. Une pièce coûte 750 €. La série compte sept carreaux, présentés sur la page Kintsugi de l’Atelier Joconde, la galerie familiale.

Dans mon travail, Popsan cherche la lumière dans l’ombre d’un visage, comme dans Akari, peinte sur fond noir. Le kintsugi, lui, la cherche dans une fissure.

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