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William San

Peindre sur fond noir : comment Akari sort de la nuit

Par William San, le

Akari, Popsan : une femme en kimono bleu, de profil, baisse les yeux vers une lanterne de papier allumée qu’elle tient devant elle ; tout autour, la nuit.

Akari veut dire « la lueur » en japonais. C’est le nom de la toile que j’ai vendue en septembre au salon art3f de Monaco, et c’est peut-être la plus simple de mes peintures à raconter. Une femme de profil, en kimono bleu, baisse les yeux vers une lanterne de papier qu’elle tient devant elle. Autour d’elle, il n’y a que la nuit, et la lanterne seule éclaire son visage.

Cette lumière n’a pas été ajoutée à la fin. Elle vient de la manière dont la toile a été commencée : par du noir, partout.

Ce que je dois à Georges de La Tour

Cette toile est un hommage à Georges de La Tour, peintre lorrain du XVIIe siècle (1593-1652). Il plaçait une bougie à côté d’un personnage, et tout le tableau dépendait de cette flamme, jusqu’à l’endroit où l’œil s’arrête. Dans Saint Joseph charpentier, au Louvre, l’enfant abrite la flamme de sa main et la lumière traverse ses doigts. Dans Le Nouveau-né, au musée des Beaux-Arts de Rennes, la bougie est masquée, si bien que l’enfant semble éclairer la pièce à lui seul.

J’ai voulu reprendre ce travail de la couleur par la lumière, dans un style plus moderne et dans le mien, tourné vers le Japon. La bougie est devenue une lanterne de papier peinte de fleurs, et le personnage une femme coiffée de peignes et d’épingles. Le principe, lui, n’a pas bougé. Une seule source de lumière, et ce qu’elle n’atteint pas reste dans l’ombre.

William San, en chemise blanche, répond au micro de Monaco Info devant Akari, accrochée au mur noir du stand.
Au salon art3f de Monaco, en septembre 2026 : je présente Akari au micro de Monaco Info.

Partir d’un fond entièrement noir

Sur le stand, quand on m’a filmé pour expliquer la technique, il m’a fallu plusieurs prises avant de trouver une phrase claire. La voici : je pars d’un fond entièrement noir, et je fais remonter la peau couche par couche, en transparence. C’est ce qu’on appelle une montée en glacis.

Un glacis est une couche de peinture à l’huile très diluée, presque transparente, posée sur une couche déjà sèche. Il ne recouvre pas ce qui se trouve dessous : il le teinte. Sur un fond noir, une première couche claire paraît grise et sourde. Il en faut plusieurs pour que la carnation se réchauffe. Le noir, lui, ne disparaît jamais tout à fait : il reste au fond de chaque couche, et c’est ce qui donne à la peau sa profondeur.

Peindre ainsi oblige à raisonner à l’envers. Sur une toile blanche, on assombrit ce qui doit l’être. Sur une toile noire, tout est déjà dans l’ombre, et chaque passage du pinceau décide de ce qui mérite la lumière. Sur le détail ci-dessous, la joue et l’arête du nez sont tournées vers la lanterne. L’oreille et la nuque, qui ne la voient pas, restent presque dans le noir.

Détail d’Akari : le visage de profil, éclairé par en dessous, la nuque et l’oreille dans l’ombre, des reflets dorés sur les peignes.
Akari, détail du visage. Le grain de la toile reste visible sous les glacis.

La lanterne vient en dernier

La lanterne, je la peins en dernier. Quand elle arrive, le visage et le kimono sont déjà peints. Tout le reste a donc été construit pour une lumière qui n’existait pas encore sur la toile. Elle est l’objet le plus clair du tableau. C’est aussi le dernier posé.

Où est Akari aujourd’hui

La toile mesure 60 × 60 cm. Elle a été vendue pendant le salon, au Chapiteau de Fontvieille, entre le 11 et le 13 septembre 2026, et appartient désormais à une collection privée. C’était ma première exposition à Monaco.

La même nuit revient dans d’autres toiles de Popsan. Tsuki, présentée au même salon, tient une lune entre ses mains au lieu d’une lanterne : le même clair-obscur, une seule lumière. Elle a trouvé preneur en octobre, au salon art3f de Luxembourg.

À Monaco, quand je présentais Akari, je traduisais son nom ainsi : la lueur, celle que tu portes en toi.

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